India, 1er mois : tiendra, tiendra pas ?

21 Oct

Il y a un mois je prenais tous ces avions pour finalement atterrir dans cette ville qui ne m’inspirait pas particulièrement à l’origine. Avec mon petit vécu d’Occidental, je ne connaissais l’Inde qu’à travers Le Livre de la Jungle, un cours d’histoire sur Gandhi et Slumdog Millionnaire. Et Calcutta se résumait très franchement dans mon esprit à Mère Thérésa et les lépreux. Soyons clair, au départ je n’avais aucune idée de dans quoi je m’embarquais.

Alors j’ai lu des livres, écouté ce que d’autres qui ont été ou qui sont encore en Inde me racontaient de leurs expériences en tentant de m’en imprégner. La pauvreté, la saleté, le bruit, les maladies… J’étais prévenu. Mais pouvait-on vraiment se préparer ?

1ère semaine : Robin au pays des merveilles

C’est bien évidemment l’émerveillement qui a prédominé les premiers jours. Tout attire l’attention. En sortant de l’avion, le premier choc est thermique. 35°C et 90% d’humidité dans l’air, ça fait un drôle d’effet, pas déplaisant du tout au début. Très vite, on passe à un choc visuel. Les couleurs sont vives (le sari des femmes, les peintures des idoles sur les camions), la lumière est un peu comme celle qui précède un orage en France. Je ne vais pas vous faire le coup des cinq sens, mais évidemment le choc est aussi auditif. Les klaxons résonnent en permanence dans la ville étant donné que klaxonner fait partie intégrante du code de la route. Bref, en arrivant toutes les sensations sont amplifiées ce qui donne d’ailleurs l’impression d’avoir pris quelques champignons hallucinogènes.

Passage menant à un temple éphémère

Pendant deux semaines, j’étais installé dans un logement prêté par la présidente de l’Alliance française. C’était une chambre avec un lit immense et une salle de bain. Certes le matelas du lit était aussi épais qu’un tatami, et bon d’accord il n’y avait pas d’eau chaude. Mais on s’en fout et on relativise quand on pense que des gens vivent dans la rue ou des bidonvilles. 

Et quand on sort de chez soi, tout nous parait surréaliste. Il y a la circulation complètement chaotique. On attend des heures pour traverser la route, avant de se risquer à faire comme les Indiens et slalomer entre les voitures qui ne ralentissent même pas. Il y a la vie qui anime les rues où l’on croise des gens se lavant sur le trottoir en se vidant un sceau d’eau sur la tête, des chèvres accrochées à des lampadaires, des étalages de fruits et légumes à même le sol. Quand la pluie de la mousson tombe, les routes sont inondées et on a du mal à imaginer comment les voitures peuvent encore rouler, les roues étant submergées. 

2e semaine : « Mais qu’est-ce que je fous là? »

Mais l’effet champi n’a duré qu’un temps. Très vite il a fallu ouvrir un peu les yeux sur la réalité. Beaucoup de choses m’ont alors exaspéré ou effrayé.

Non cette famille que je croise tous les jours en allant travailler n’est pas en train de faire du camping. Elle vit ici, dans cet abri de fortune et les enfants dorment bel et bien à même le sol alors que des rats sont à quelques mètres dans un tas d’ordures. Et moi je passe devant tous les matins en regardant mes pieds parce que je sens leur regard me dévisager. Avec mes chaussures bateau et ma chemise bien repassée, j’ai un peu l’impression d’être Tintin au Congo à côté d’eux. D’ailleurs, c’est moi qui devient la bête de foire quand des gens s’arrêtent pour me prendre en photo. Véridique. 

En fait dès la deuxième semaine, j’ai commencé à tout détester. Le bruit des klaxons me rendait fou. La vue de la misère, l’odeur de merde parfois dans la rue, le cafard qui traversait ma chambre, l’eau froide de la douche. Même l’attitude des Indiens m’exaspérait. Ils sont très serviables et toujours attentifs aux moindres de tes besoins. C’est agréable, parfois un peu gênant. Je me suis parfois retrouvé face à des Indiens qui ne voulaient pas me dire ‘non’ de peur de me vexer. Lorsque j’ai voulu acheter une clé 3G (au bout de la deuxième semaine, ça m’a semblé vital), le vendeur du magasin de téléphonie mobile me faisait comprendre qu’il avait compris ma demande. Il s’est alors mis à s’affairer avec d’autres vendeurs. Puis il est allé voir d’autres clients dans le magasin. Après 10 ou 15 minutes, un peu étonné, je suis retourné le voir. C’est à ce moment-là seulement qu’il m’a fait comprendre qu’il ne vendait pas de clé 3G.

A cela s’ajoute la difficulté pour se faire comprendre. Certes, beaucoup d’Indiens parlent anglais, mais je restais incompréhensible tant que je n’avais pas fait le deuil de l’accent british que j’avais mis des années à acquérir à peu près. Désormais, il faut rouler les « r » et adopter l’accent local.

Enfin, il y a le sentiment omniprésent qu’on veut t’arnaquer à chaque fois que le prix n’est pas affiché. Je détaillerai une autre fois les différents moyens de transport ici, mais pour faire court disons que je me déplace essentiellement en taxi. En théorie, c’est très abordable comparé à la France et un Occidental n’a qu’à tendre le bras pour qu’un taxi s’arrête. Mais généralement, le chauffeur te demande de payer le double de ce qu’il faudrait. Et comme je n’avais ni l’énergie, ni les moyens de me faire comprendre pour négocier, autant dire que j’étais le pigeon idéal.

Enfin c’est lors de la deuxième semaine que j’ai commencé à tomber malade. J’ai tenu une semaine avant que mes intestins ne finissent par me lâcher.

Et fidèle à mon étourderie légendaire, c’est aussi lors de cette semaine que je perdais mon téléphone portable. Pas de bol, c’était juste avant une période de 3 jours fériés où tous les magasins étaient fermés.

Inévitablement, j’ai craqué. L’événement déclencheur (du gros pétage de câble) a eu lieu un soir où j’étais isolé dans ce logement, sans téléphone, sans internet, malade. Il devait être 23h quand j’aperçus un rat traversé la pièce. Il n’était pas très gros. J’aurai certainement pu sortir de mon lit, le coincer sous un seau et le trainer hors du logement. Mais c’en était trop. Ma seule réaction a été de prendre quelques affaires et de courir à l’hôtel le plus proche, le Chrome Hotel. La nuit dans ce quatre étoiles m’a coûté 130€. Mais mon seul soucis à ce moment-là était de savoir s’ils acceptaient ma carte visa. Et au final, ces 130€ m’ont permis :

  • d’avoir la wifi pour pouvoir enfin voir ma famille sur skype,
  • de dormir dans un lit tellement confortable,
  • de prendre une douche brûlante d’une demi-heure,
  • de me faire apporter le petit-déj’ à mon réveil.

Ca m’a surtout permis de comprendre que pour tenir, je devrais parfois revenir à un mode de vie plus « occidental ».

Chrome Hotel

3e semaine & 4e semaine : Kolkata, City of Joy

Deux semaines après mon arrivée, on m’installe dans un nouveau logement. Je vis dans un espèce de petite maison prêtée par une famille membre de l’Alliance. La famille vit tout prêt de l’autre côté de la cour. Le logement est totalement neuf. La façade en briques rouges rappellerait presque Lille. Ma « famille d’accueil » est adorable et s’assure de savoir que je ne manque de rien. Le coup de blues est loin derrière moi.

Eh ouais, c'est bien une énorme terrasse sur le toit!

Et grâce à mon travail à l’Alliance, les rencontres s’enchaînent : des Français en train de faire le tour du monde, d’autres aussi paumés que moi, des artistes, des passionnés de cinéma français, des Indiens ravis de partager une conversation avec un Français, des journalistes, des intellectuels… Et grâce à eux, je commence enfin à profiter de la ville.

Vivre à Kolkata, c’est d’abord vivre au rythme des fêtes religieuses. La religion, et la spiritualité en général, est un élément capital en Inde. Et dans la religion hindoue, chaque dieu a droit à sa fête. A Kolkata, c’est la mère Durga qu’on fête plus qu’ailleurs. Pendant tous le mois d’octobre des statues en argile de Durga entourée de ses quatre enfants sont installées partout dans la ville. On la représente en train d’affronter le Mal, une arme différente dans chacun de ses dix bras. Toutes les statues sont installées dans des pandals, des temples éphémères. A la fin de la célébration de la déesse Durga, chaque quartier organise une grande fête lors de laquelle les statues sont emmenées dans des camions jusqu’au Gange avant d’être immergées. J’ai pu assister à cette cérémonie, mais pas à l’immersion des statues dans le fleuve.

Check that :

Et pour finir, je vous resors ma grosse photo clichée :

Une vache sacrée dans un cimetière chrétien abandonné à Chandernagor. Tentative pour l'amadouer afin de choper un peu de son flux sacré.

Bon allez, je m’arrête là. Grosse bise tout le monde! Prochain épisode dans quelques semaines…

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3 Réponses to “India, 1er mois : tiendra, tiendra pas ?”

  1. Audrey Pecqueur octobre 22, 2011 à 9:40 #

    Je ne savais pas que tu avais des talents d’écrivain, tu es très agréable à lire, il y a comme un petit air de pékin express en lisant cet article, la difficulté du logement, les klaxons, les maladies …
    Profites de ton voyage, du meilleur comme du pire, une chose est sur quand tu rentreras en France tu ne seras plus le même 😉
    Xo Xo Robin

  2. Inès octobre 24, 2011 à 7:50 #

    Depuis qd tu ecris aussi bien?? Bref, je veux plus de news! et qu’on skype plus régulièrement 🙂 ca m’a fait plaisir de t’avoir tout à l’heure!
    J’veux pleins, pleins de photos! Surtout les chèvres frankenstein 😉

  3. sezat dylan novembre 9, 2011 à 11:43 #

    Super blog cousin ! Continu.

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