France/Inde : petit aperçu du fossé culturel

2 Nov

Quid de la jeunesse en Inde ? Est-elle aussi fêtarde (je ne vais pas dire débauchée, mes parents me lisent) qu’en France ?

Sondage à l’appui (publié dans le Today India du 26 septembre), je vais vous montrer un peu l’étendue du fossé entre nos deux cultures. Ce serait un peu ambitieux de ma part de vouloir vous expliquer toutes ces différences. Je vais simplement illustrer un peu avec mon expérience, ce que j’ai observé.

La famille c’est sacré.

Les jeunes ici attachent une importance toute particulière à la famille. Il est complètement normal de voir des jeunes (?) de 25 à 30 ans vivre encore chez leurs parents. Je pense que jusqu’à ce qu’il se marie, le jeune quitte rarement le domicile familial. Et même après le mariage, il n’est pas rare que la jeune mariée aille s’installer chez la famille de son époux. D’après ce qu’on m’a dit, ça crée parfois des tensions entre la mariée et la belle-mère qui gouverne encore le foyer.

A la question « Who is your all-time hero ? (Qui est pour vous un héros incontesté?), 26% des jeunes de 18 à 25 répondent ‘mon père’ et 24% ‘ma mère’. Et pour 27% des jeunes, leur priorité est de passer du temps avec leur famille. En théorie, pas de rébellion à l’adolescence…

Les liens entre le jeune et sa famille vont même très loin puisque 57% des 18-25 ans préfèrent le mariage arrangé au mariage choisi. Je n’en ai pas encore rencontrés qui m’avaient confirmé cette préférence pour le mariage arrangé. Je pense que c’est plus le cas en campagne qu’en ville. Mais il n’empêche que le mariage est essentiel ici. J’ai rencontré quelques Indiens qui n’avaient rencontré qu’une seule fille dans leur vie et comptait l’épouser. Pas évident de trouver un célibataire heureux pour l’instant.

Et pourtant, 68% des jeunes se déclarent sexuellement actifs ! (Oui, après le mariage, je passe au sexe, logique.) Mais alors attention, qu’est-ce que le sexe exactement ? Pour 49% des jeunes, le « deep kissing » (le french kiss je suppose) équivaut à une relation sexuelle. Seulement 15% estiment qu’il faut avoir couché pour qu’il y aie eu une relation sexuelle. D’après ce que j’ai vu, les Indiens sont également très pudiques quand il s’agit de montrer des marques d’affection. Entre amis, aucun problème. Il n’est pas rare de voir deux mecs se tenir la main dans la rue en toute amitié. En revanche, pour ce qui est des sentiments, ça devient plus compliqué. Le seul endroit où j’ai vu des couples « proches » (s’embrasser tout au plus), c’était dans un parc bien entretenu en bordure du Gange. Impossible de faire plus romantique.

Howrah Bridge

Ferry reliant les deux rives du Gange

Embarcation de pêcheurs sur le Gange

Embarcadère

La religion… ben c’est sacré aussi !

Autre institution essentielle pour le jeune Indien : la religion.

A la question « Do you believe in God ? », 86% des 18-25 ans répondent oui. Et 76% d’entre eux prient tous les jours. Quand je vous disais que l’Inde est un pays très spirituel. Alors un mec célibataire et athée, c’est pas très commun. Heureusement, les Indiens sont très tolérants. Toutes les communautés religieuses cohabitent sans problème ici. Certes, ils se mélangent très peu, vont dans des écoles différentes et se marient entre eux, mais 90% des jeunes disent avoir un ami d’une religion différente de la leur. Plutôt encourageant…

Quelques photos pour illustrer un peu cet aspect religieux. J’ai fêté Lakshmi Puja avec ma « famille d’accueil ». Lakshmi est une des filles de la déesse Durga. Elle symbolise la prospérité, la réussite. Pour l’occasion, on s’est tous rassemblés dans une pièce face à une statuette de la déesse. Un prêtre qui connait le sanskrit se chargeait du cérémonial. On a enfumé la pièce avec de l’encens. Au bout d’un moment, tout le monde avait les yeux en larmes. A la fin de la cérémonie ont suivi toutes une sorte de rites. Certains ont soufflé dans un coquillage produisant un son. J’ai oublié la signification, je vous redis ça une autre fois. On a aussi passé la main au-dessus d’une flamme, puis au-dessus de notre tête pour se purifier. On a aussi dû lancer des fleurs sur la statuettes. Bon, dit comme ça ça paraît un peu fou. Mais c’était très sérieux. Toutes les générations étaient réunies pour cet événement. Les plus jeunes prenaient ça plus ou moins à la rigolade. Mais on sent que c’est quelque chose qui se transmet de génération en génération et que ce n’est pas prêt de s’arrêter. Tant mieux, tant pis ? On s’en fout. Enfin la cérémonie s’est achevée par un grand repas végétarien. Et sachez que la cuisine bengalie est souvent délicieuse.

     

      

Autre fête religieuse assez marquante à laquelle j’ai pu assister : Diwali. On l’appelle aussi la fête de la lumière. A cette occasion, les rues sont illuminées par des bougies et les gens sortent dans la rue en famille et tirent des feux d’artifice de toutes sortes. Parfois c’est un peu dangereux, mais on oublie le danger et on en prend plein les yeux.

Pour en revenir aux jeunes, rassurez-vous. On partage beaucoup de points communs avec eux malgré les différences. Ils aiment la même musique, les mêmes séries que nous. L’autre jour en sortant de chez moi, certains se sont mis à chanter du Justin Bieber. Vous voyez, on partage même les pires points communs…

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Welcome to Kolkata #1

26 Oct

J’aimerais d’abord rassurer ceux qui ont paniqué un peu après avoir lu le premier article : je vais bien ! J’ai voulu éviter toute langue de bois en vous faisant part du meilleur comme du pire et éviter de sortir des trucs du genre : « L’Inde est un pays fantastique. Plus je respire l’air indien, plus je redécouvre le sens de la vie. » Evidemment, l’adaptation n’a pas été immédiate et j’ai encore un peu de travail avant d’être parfaitement acclimaté.

Mais dans l’ensemble, tout se passe pour le mieux. A commencer par le travail, où j’apprends tous les jours grâce aux rencontres que j’y fais. J’ai par exemple eu la chance de passer tout le weekend avec le professeur Léon-François Hoffmann et sa femme. C’est pas tous les jours qu’on sympathise avec quelqu’un qui a reçu le Prix de l’Académie française. Et j’ai aussi la chance de travailler dans un très bon cadre et avec des collègues qui créent une bonne ambiance. La photo peut en témoigner (sourire sur une photo ne va pas toujours de soi ici, y’a pas de malaise!)

Photo de famille sur le toit de l'Alliance avec une petite partie de l'équipe

Welcome to Kolkata #1

J’aimerais aussi partager plus que du texte et des photos avec vous. La vidéo qui va suivre va peut-être vous choquer (et d’un côté, y’a de quoi). C’est une vidéo que j’ai pris discrètement sur le chemin entre mon lieu de travail et mon logement. Vous pourrez vous rendre un peu compte de la vie dans ce pays si vous n’avez jamais eu l’occasion d’y aller. Mais attention, c’est loin d’être représentatif. (Au passage je vous fais une visite guidée, commentée) Enjoy!

Et promis, je vous prend bientôt en photo les fameuses « chèvres frankenstein »! Grosse bise tout le monde.

India, 1er mois : tiendra, tiendra pas ?

21 Oct

Il y a un mois je prenais tous ces avions pour finalement atterrir dans cette ville qui ne m’inspirait pas particulièrement à l’origine. Avec mon petit vécu d’Occidental, je ne connaissais l’Inde qu’à travers Le Livre de la Jungle, un cours d’histoire sur Gandhi et Slumdog Millionnaire. Et Calcutta se résumait très franchement dans mon esprit à Mère Thérésa et les lépreux. Soyons clair, au départ je n’avais aucune idée de dans quoi je m’embarquais.

Alors j’ai lu des livres, écouté ce que d’autres qui ont été ou qui sont encore en Inde me racontaient de leurs expériences en tentant de m’en imprégner. La pauvreté, la saleté, le bruit, les maladies… J’étais prévenu. Mais pouvait-on vraiment se préparer ?

1ère semaine : Robin au pays des merveilles

C’est bien évidemment l’émerveillement qui a prédominé les premiers jours. Tout attire l’attention. En sortant de l’avion, le premier choc est thermique. 35°C et 90% d’humidité dans l’air, ça fait un drôle d’effet, pas déplaisant du tout au début. Très vite, on passe à un choc visuel. Les couleurs sont vives (le sari des femmes, les peintures des idoles sur les camions), la lumière est un peu comme celle qui précède un orage en France. Je ne vais pas vous faire le coup des cinq sens, mais évidemment le choc est aussi auditif. Les klaxons résonnent en permanence dans la ville étant donné que klaxonner fait partie intégrante du code de la route. Bref, en arrivant toutes les sensations sont amplifiées ce qui donne d’ailleurs l’impression d’avoir pris quelques champignons hallucinogènes.

Passage menant à un temple éphémère

Pendant deux semaines, j’étais installé dans un logement prêté par la présidente de l’Alliance française. C’était une chambre avec un lit immense et une salle de bain. Certes le matelas du lit était aussi épais qu’un tatami, et bon d’accord il n’y avait pas d’eau chaude. Mais on s’en fout et on relativise quand on pense que des gens vivent dans la rue ou des bidonvilles. 

Et quand on sort de chez soi, tout nous parait surréaliste. Il y a la circulation complètement chaotique. On attend des heures pour traverser la route, avant de se risquer à faire comme les Indiens et slalomer entre les voitures qui ne ralentissent même pas. Il y a la vie qui anime les rues où l’on croise des gens se lavant sur le trottoir en se vidant un sceau d’eau sur la tête, des chèvres accrochées à des lampadaires, des étalages de fruits et légumes à même le sol. Quand la pluie de la mousson tombe, les routes sont inondées et on a du mal à imaginer comment les voitures peuvent encore rouler, les roues étant submergées. 

2e semaine : « Mais qu’est-ce que je fous là? »

Mais l’effet champi n’a duré qu’un temps. Très vite il a fallu ouvrir un peu les yeux sur la réalité. Beaucoup de choses m’ont alors exaspéré ou effrayé.

Non cette famille que je croise tous les jours en allant travailler n’est pas en train de faire du camping. Elle vit ici, dans cet abri de fortune et les enfants dorment bel et bien à même le sol alors que des rats sont à quelques mètres dans un tas d’ordures. Et moi je passe devant tous les matins en regardant mes pieds parce que je sens leur regard me dévisager. Avec mes chaussures bateau et ma chemise bien repassée, j’ai un peu l’impression d’être Tintin au Congo à côté d’eux. D’ailleurs, c’est moi qui devient la bête de foire quand des gens s’arrêtent pour me prendre en photo. Véridique. 

En fait dès la deuxième semaine, j’ai commencé à tout détester. Le bruit des klaxons me rendait fou. La vue de la misère, l’odeur de merde parfois dans la rue, le cafard qui traversait ma chambre, l’eau froide de la douche. Même l’attitude des Indiens m’exaspérait. Ils sont très serviables et toujours attentifs aux moindres de tes besoins. C’est agréable, parfois un peu gênant. Je me suis parfois retrouvé face à des Indiens qui ne voulaient pas me dire ‘non’ de peur de me vexer. Lorsque j’ai voulu acheter une clé 3G (au bout de la deuxième semaine, ça m’a semblé vital), le vendeur du magasin de téléphonie mobile me faisait comprendre qu’il avait compris ma demande. Il s’est alors mis à s’affairer avec d’autres vendeurs. Puis il est allé voir d’autres clients dans le magasin. Après 10 ou 15 minutes, un peu étonné, je suis retourné le voir. C’est à ce moment-là seulement qu’il m’a fait comprendre qu’il ne vendait pas de clé 3G.

A cela s’ajoute la difficulté pour se faire comprendre. Certes, beaucoup d’Indiens parlent anglais, mais je restais incompréhensible tant que je n’avais pas fait le deuil de l’accent british que j’avais mis des années à acquérir à peu près. Désormais, il faut rouler les « r » et adopter l’accent local.

Enfin, il y a le sentiment omniprésent qu’on veut t’arnaquer à chaque fois que le prix n’est pas affiché. Je détaillerai une autre fois les différents moyens de transport ici, mais pour faire court disons que je me déplace essentiellement en taxi. En théorie, c’est très abordable comparé à la France et un Occidental n’a qu’à tendre le bras pour qu’un taxi s’arrête. Mais généralement, le chauffeur te demande de payer le double de ce qu’il faudrait. Et comme je n’avais ni l’énergie, ni les moyens de me faire comprendre pour négocier, autant dire que j’étais le pigeon idéal.

Enfin c’est lors de la deuxième semaine que j’ai commencé à tomber malade. J’ai tenu une semaine avant que mes intestins ne finissent par me lâcher.

Et fidèle à mon étourderie légendaire, c’est aussi lors de cette semaine que je perdais mon téléphone portable. Pas de bol, c’était juste avant une période de 3 jours fériés où tous les magasins étaient fermés.

Inévitablement, j’ai craqué. L’événement déclencheur (du gros pétage de câble) a eu lieu un soir où j’étais isolé dans ce logement, sans téléphone, sans internet, malade. Il devait être 23h quand j’aperçus un rat traversé la pièce. Il n’était pas très gros. J’aurai certainement pu sortir de mon lit, le coincer sous un seau et le trainer hors du logement. Mais c’en était trop. Ma seule réaction a été de prendre quelques affaires et de courir à l’hôtel le plus proche, le Chrome Hotel. La nuit dans ce quatre étoiles m’a coûté 130€. Mais mon seul soucis à ce moment-là était de savoir s’ils acceptaient ma carte visa. Et au final, ces 130€ m’ont permis :

  • d’avoir la wifi pour pouvoir enfin voir ma famille sur skype,
  • de dormir dans un lit tellement confortable,
  • de prendre une douche brûlante d’une demi-heure,
  • de me faire apporter le petit-déj’ à mon réveil.

Ca m’a surtout permis de comprendre que pour tenir, je devrais parfois revenir à un mode de vie plus « occidental ».

Chrome Hotel

3e semaine & 4e semaine : Kolkata, City of Joy

Deux semaines après mon arrivée, on m’installe dans un nouveau logement. Je vis dans un espèce de petite maison prêtée par une famille membre de l’Alliance. La famille vit tout prêt de l’autre côté de la cour. Le logement est totalement neuf. La façade en briques rouges rappellerait presque Lille. Ma « famille d’accueil » est adorable et s’assure de savoir que je ne manque de rien. Le coup de blues est loin derrière moi.

Eh ouais, c'est bien une énorme terrasse sur le toit!

Et grâce à mon travail à l’Alliance, les rencontres s’enchaînent : des Français en train de faire le tour du monde, d’autres aussi paumés que moi, des artistes, des passionnés de cinéma français, des Indiens ravis de partager une conversation avec un Français, des journalistes, des intellectuels… Et grâce à eux, je commence enfin à profiter de la ville.

Vivre à Kolkata, c’est d’abord vivre au rythme des fêtes religieuses. La religion, et la spiritualité en général, est un élément capital en Inde. Et dans la religion hindoue, chaque dieu a droit à sa fête. A Kolkata, c’est la mère Durga qu’on fête plus qu’ailleurs. Pendant tous le mois d’octobre des statues en argile de Durga entourée de ses quatre enfants sont installées partout dans la ville. On la représente en train d’affronter le Mal, une arme différente dans chacun de ses dix bras. Toutes les statues sont installées dans des pandals, des temples éphémères. A la fin de la célébration de la déesse Durga, chaque quartier organise une grande fête lors de laquelle les statues sont emmenées dans des camions jusqu’au Gange avant d’être immergées. J’ai pu assister à cette cérémonie, mais pas à l’immersion des statues dans le fleuve.

Check that :

Et pour finir, je vous resors ma grosse photo clichée :

Une vache sacrée dans un cimetière chrétien abandonné à Chandernagor. Tentative pour l'amadouer afin de choper un peu de son flux sacré.

Bon allez, je m’arrête là. Grosse bise tout le monde! Prochain épisode dans quelques semaines…